La théorie de l’attachement est née dans les années 1950 des travaux du psychiatre et psychanalyste anglais John Bowlby et de son équipe. Les recherches et études sur l’attachement ont été approfondies par la suite par la psychologue Mary Ainsworth.
Un enfant a besoin de s’attacher aux adultes qui prennent soin de lui (caregivers en anglais) pour grandir et se développer harmonieusement et en sécurité. Les soins vitaux (nourriture, eau, propreté, vêtements) ne suffisent pas. Un bébé et un enfant ont besoin d’être protégés et ont besoin de recevoir de la tendresse et de l’affection pour pouvoir se développer.
Lorsque le bébé a un besoin, iel va manifester son inconfort par des cris ou des pleurs et c’est là que les figures d’attachement ont un rôle primordial en répondant de manière ajustée aux besoins de l’enfant. Lui donner le sein, le biberon, plus tard, à manger, à boire, le changer, l’accompagner pour dormir, etc. De même un tout petit enfant peut vivre des douleurs ou des émotions fortes qu’il ne peut verbaliser. Iel a besoin d’être accompagné.e, touché.e, pris.e dans les bras, bercé.e pour vivre cette émotion en lien.
On a longtemps dit qu’il fallait laisser pleurer les bébés. Nous n’avions pas les connaissances nécessaires à cette époque-là mais c’était dramatique et traumatisant pour l’enfant. Un enfant n’apprend pas à être autonome ainsi. Un bébé qui arrête de pleurer alors qu’iel est seul.e, c’est qu’iel s’effondre, tombe dans le figement, figement qui est une stratégie de survie qui vient après l’appel à l’aide (cris, pleurs→ manifestation sympathique, cf la théorie polyvagale).
Un bébé qui ne pleure plus n’est pas alors un enfant calme mais un enfant résigné, figé qui va certainement développer un attachement insécure en grandissant. L’enfant ne peut pas acquérir des compétences d’autorégulation émotionnelle sans apprendre d’abord la corégulation avec sa ou ses figures d’attachement (le plus souvent les parent.e.s). Un enfant apprend, peut commencer à apprendre l’autorégulation autour de ses 7 ans.
Pour grandir et se développer, l’enfant a deux besoins fondamentaux : la sécurité et l’exploration. Si son attachement est sécure, iel va pouvoir aller explorer librement en sachant qu’iel peut revenir vers la base sécure formée par ses parent.e.s. Si l’attachement est sécure, l’exploration est possible. Si l’attachement est insécure, ce voyant reste allumé, en alerte et l’exploration est alors entravée.
L’autonomie et la liberté se construisent sur le socle de la sécurité. Et c’est valable pour la relation parent.e.s/enfant et pour nos relations amicales, amoureuses à l’âge adulte.
“ Les enfants choisissent l’attachement plutôt que l’authenticité, car leur survie en dépend. Mais cela a un coût à long terme.”
Si les figures d’attachement face aux besoins manifestés par l’enfant ne répondent pas de manière adéquate :
→ soit de manière inconstante parfois adaptée, parfois non;
→ soit de manière inadaptée (rejet, agacement/colère, maltraitance, violence)
→ soit en laissant seul.e l’enfant;
l’enfant ne va pas pouvoir construire un attachement sécure et va alors développer un attachement insécure. L’attachement insécure rend difficile l’accès à l’autorégulation.
Heureusement un attachement sécure peut se construire tout au long de sa vie adulte. Les compétences d’autorégulation s’apprennent en passant d’abord par l’expérimentation que la corégulation est possible. Et en vivant des expériences dites “correctrices”. C’est ce que propose l’Intelligence Relationnelle®.
« Quand l’authenticité entre en conflit avec l’attachement, l’attachement gagne… jusqu’à ce que nous tombions malades. »
A la suite de John Bowlby, Mary Ainsworth a déterminé qu’il existait 4 styles d’attachement différent:
- l’attachement sécure
- l’attachement insécure à dominante anxieuse
- l’attachement insécure à dominante évitante
- l’attachement désorganisé.
L’attachement sécure :
C’est le graal de l’attachement. La personne avec un attachement sécure a reçu suffisamment d’amour et de constance dans l’enfance. Elle peut exprimer ses besoins, ses limites sans peur de perdre le lien. Elle peut accepter le conflit, le positionnement de l’autre différent du sien sans que la peur de l’abandon ou du rejet entraîne une grande dérégulation.
L’attachement de type anxieux :
La personne avec un attachement anxieux s’attache vite, aime fort et a souvent peur que la relation aille mal, elle détecte les moindres signaux d’éloignement. Son système nerveux est en hypervigilance. Et ces comportements s’expliquent, elle a expérimenté l’inconstance pendant l’enfance ; parfois ses figures d’attachement étaient présentes, aimantes et parfois elles s’absentaient, physiquement ou psychiquement.
Cette instabilité nourrit l’anxiété et la peur de la perte. Et ces stratégies d’être tournées vers l’autre sont une stratégie de protection pour garder la relation. Ces personnes expérimentent souvent la réaction traumatique de people pleasing/fawning (état mixte du système nerveux avec du sympathique avec de l’hypervigilance-du ventral pour sentir le lien-dorsal avec du figement et une déconnexion de ses propres besoins et limites, cf la théorie polyvagale).
L’attachement de type évitant :
La personne avec un attachement évitant peut craindre l’intimité, la proximité et la vulnérabilité avec l’autre. Elle a souvent des difficultés à exprimer ses émotions voire des difficultés à être en contact avec elles. Son système nerveux est souvent coincé en fight or flight (combat ou fuite du mode sympathique) ou en figement/effondrement (mode dorsal), cf la théorie polyvagale.
Ce mode d’évitement est une protection de survie. Dans l’enfance, la personne a fait l’expérience qu’exprimer ses émotions était dangereux. Ses figures d’attachement ne répondaient pas de manière adéquate à l’expression de ses émotions : manifestations de négligence/carence/maltraitance. Ces enfants-là se sont retrouvés seuls avec leurs émotions et ont alors appris l’hyper indépendance car iels n’avaient pas d’autre choix.
L’attachement de type désorganisé :
C’est un attachement insécure mixte avec une part anxieuse et une part évitante. Les personnes avec un attachement désorganisé peuvent avoir besoin d’une grande proximité, de fusion avec leur famille, leurs ami.e.s, leur.s partenaire.s amoureux.se.s et face à des déclencheurs pas forcément perceptibles iels peuvent se renfermer, avoir besoin de solitude, voire repousser, rejeter l’autre.
Cette double dynamique prend là aussi ses sources dans l’enfance. L’enfant qui avait besoin de proximité sécure avec sa figure d’attachement s’en rapprochait. Et le comportement de sa/son parent.e était inadéquat, de la négligence à la maltraitance. La figure d’attachement censée incarner la sécurité incarne alors le danger et l’enfant se retrouve alors dans cette impasse : avoir besoin de proximité là où il y a danger. C’est insoluble. l’enfant ne peut que figer/dissocier pour rester à proximité du danger. En effet, un enfant ne peut pas fuir ou combattre (pleurs, colère…) ses figures d’attachement sans se mettre en danger.
A l’âge adulte, ce sont donc des personnes qui ont à la fois un besoin viscéral de lien proche et une grande peur de l’intimité.
Bien sûr la construction de l’attachement s’inscrit dans une société patriarcale et avec une éducation genrée. Heureusement l’éducation genrée et sexiste est remise en question et c’est en train de changer.
On a appris aux petites filles à prendre soin des autres et à vivre leurs émotions. On leur a appris aussi, avec toute la culture livresque et cinématographique, à mettre le couple au centre de leur vie d’adulte, à désirer devenir mère. Toute cette éducation tournée vers l’autre les prédispose à développer un attachement anxieux.
On apprend aux petits garçons à faire, à agir, à être autonome, à ne pas exprimer leurs émotions, à penser à leur carrière. Toute cette éducation les prédispose à développer un attachement évitant.
Sans pouvoir quantifier et chiffrer, ces dominantes femme anxieuse/homme évitant se retrouvent dans la société, dans les dynamiques de couple et au sein des cabinets thérapeutiques.
Cette classification en 4 types d’attachement peut se situer sur un continuum et est à nuancer.
C’est une grille de lecture.
Cette distinction est intéressante et éclairante mais on peut partir du principe qu’il y a deux grands types d’attachement : sécure ou insécure.
Et si l’on a un attachement insécure, selon les relations, les moments de vie, le chemin thérapeutique entrepris ou non, on peut considérer que l’on a les 3 variantes: anxieuse- évitante-désorganisée, qui vont s’exprimer. On peut les voir comme des parties, et que l’une de ces parties va plus s’exprimer dans telle situation, une autre dans une autre situation.
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’à l’âge adulte, pour une personne avec un attachement insécure, quelle que soit sa tendance, les relations vont être difficiles, la corégulation peu accessible car sujettes à insécurité, dérégulations, peur de perdre l’autre (blessure d’abandon) ou de se perdre soi (peur de l’envahissement).
En Intelligence Relationnelle®, on vient peu à peu créer un climat de sécurité pour expérimenter que la relation peut ne pas être dangereuse et qu’il n’y a pas de risque d’abandon, risque qui était bien réel pendant la toute petite enfance dans le sens où un bébé seul ne survit pas. A l’âge adulte nous avons besoin de liens mais nous n’en dépendons plus.
Aller sentir les charges traumatiques dans le corps laissées par l’attachement insécure, en lien et en sécurité, par petit bout, va permettre de (re)construire la proximité sécure.
