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La radicalité militante, une nécessité ?

Préambule : J’écris cet article comme je discuterai autour d’un café avec une amie. Il sera donc spontané sans construction en amont ; forcément subjectif, imparfait et incomplet.

Déjà il me semble important de revenir à l’étymologie du mot radicalité. Le mot « radicalité » vient du bas latin « radicalis », c’est-à-dire « ce qui tient à la racine, au principe d’un être ou d’une chose, donc ce qui est profond. »

Rien à voir donc avec des positionnements extrêmes-extrémistes, qu’on se le dise.

Quand je parle de radicalité militante, je pense à un engagement profond et sans concession. Je pense aussi à cette belle expression, qui commence à être galvaudée, « l’intersectionnalité des luttes ».

Cette radicalité militante s’exprimerait alors dans l’engagement contre toute forme de discrimination et contre toute dynamique d’oppression et de rapports de domination/soumission.

Et je vais prendre l’exemple précis du véganisme et de l’antispécisme. Parce que c’est une des causes et une des luttes qui me touchent le plus. Et la décision de devenir vegane est une des meilleures décisions de ma vie. Je ne parle bien sûr que de mon vécu. Je me sens tellement en joie et alignée avec cette décision.

J’ai la sensation que c’est la dernière roue du carrosse des luttes intersectionnelles. De nombreuses personnes sont d’accord pour dire qu’il n’y a pas de féminisme sans antiracisme, sans lutte contre l’homophobie, contre le validisme, sans lutte contre l’écologie (avec le terme d’écoféminisme) etc. Et bien sûr je suis d’accord avec ça.

Cependant peu de féministes vont considérer la question végane et antispéciste. Alors qu’à mon sens les deux causes sont intimement liées. Je tiens à remercier les podcasts Comme un poisson dans l’eau de Victor Duran-Le Peuch et Sororité la podcast de Willène Pilate, Typhaine D. et Julie Marangé, ainsi que le parti politique Rev, Révolution pour le Vivant qui alimentent mes réflexions et dont je m’inspire grandement pour l’écriture de cet article.

La cause féministe et antispéciste sont intimement liées car le féminisme est ou est censé être la lutte contre toutes les violences et discriminations faites aux minorités.

Certaines féministes sont accusées de féminisme blanc quand elles ne prennent pas assez en compte la question du racisme ou ne donnent pas la parole aux femmes racisées.

Les féministes excluant les femmes trans de la lutte ne sont pas à mon sens des féministes.

Beaucoup de personnes femmes et féministes seront d’accord avec moi sur les deux points précédents et pourtant beaucoup d’entre elles ne sont pas véganes, peut-être végétariennes. 

Alors que pour moi le parallèle avec les féministes dans l’ignorance blanche (expression d’Amandine Gay, autrice de « Vivre libre. Exister au cœur de la suprématie blanche ») ou les féministes terf (Trans-Exclusionary Radical Feminist) est criant.

Dire cela est radical. Très radical peut-être.
Nier la question animale, la souffrance animale, la torture, le massacre animal nous situe nous humains, au sommet d’une prétendue pyramide. Dans une supériorité jugeant les êtres non humains comme des objets, à notre disposition et sans sensibilité. Et que nous avons droit de vie ou de mort sur eux. C’est d’une violence inouïe.

Ce sont des êtres sans défense et profondément innocents. Et à cet endroit-là leur exploitation relève d’une domination brutale et glaciale.

Cette suprématie humaine se baserait sur l’intelligence, la rationalité et ne reconnaît aucune intelligence et émotions aux animaux. Je manque sûrement de nuances ici. Et j’assume. Pour réveiller. Je n’ai pas envie de nuancer.

Se prétendre féministe sans être antispéciste est pour un endroit de moi un non sens.

Les femelles sont dans le règne animal les moins bien loties (insémination ou accouplement de force que l’on peut considérer comme des viols, séparation forcée avec leurs bébés…)

Une des dissonances cognitives qui me heurte beaucoup est la différence de traitement entre les animaux de compagnie et les animaux d’élevage. Les personnes vont adorer leurs chiens, leurs chats et ne leur feraient aucun mal. Ils n’envisagent pas la possibilité de le tuer, le découper (et je passe des étapes) et le manger sous forme d’escalope. Or un veau, un agneau, un porcelet sont tous dotés d’une intelligence, sont des bébés et nous émeuvent souvent quand on les voit vivants.

D’autres savent qu’elles seraient incapables de tuer un animal mais les mangent quand même. Et ne font pas le lien entre l’animal et l’entrecôte dans leur assiette. Dissonance cognitive.

D’autres encore disent aimer les animaux mais sont carnivores. Ils aiment leurs enfants et …vous imaginez la suite.

Ma pensée radicale prend sûrement ses racines (c’est donc en quelque sorte un pléonasme) dans ma neurodivergence et mon cerveau autiste. Ce que l’on appelle de manière dépréciative chez les personnes autistes la pensée rigide est en réalité un ensemble de valeurs très claires et hautes (dans le sens très importantes) et nécessaires à la bonne santé mentale des personnes concernées. Je m’explique. Ces valeurs donnent une direction très claire sur les choix, décisions à prendre et comportements à suivre. Et cela, pour une personne autiste, c’est très sécurisant.

Et sortir de ces valeurs très claires pour adopter d’autres points de vue peut créer du flou, de la complexité, des peurs et de l’insécurité. Et cela peut passer pour de l’intolérance ou du jugement.

Je vais essayer maintenant d’apporter de la nuance dans mon propos. 

Être végane n’est pas une démarche facile. Nous sommes dans une société carniste et toute la culture de la gastronomie française tourne autour des produits animaux, de la viande ou du poisson. Les légumes sont relégués au plan de l’accompagnement. Et combien de fois ai-je entendu « Mais alors tu ne manges rien ! ». Outre les sorties pour manger dehors, il y a aussi tout le poids de l’environnement familial et des repas de famille où trouver sa place en tant que personne végane peut être un véritable parcours de la/du combattant.e. Et notre besoin d’appartenance au clan qui est un besoin très ancestral et vital peut nous faire suivre l’alimentation familiale.

 Le véganisme peut aussi être vu comme un privilège. Lorsque les personnes vivent en situation de précarité matérielle et financière, changer leurs habitudes alimentaires et repenser leur mode de consommation n’est pas une priorité et c’est bien normal.

Certaines gastronomies sont beaucoup plus axées sur l’alimentation végétale et respectueuses des animaux, sans pour autant appartenir à des pays en situation de richesse. Je pense à l’Inde par exemple où il est assez facile de manger vegan et où la vache est une animale sacrée.  

La relation à la nourriture est éminemment affective. Le rapport à l’alimentation est complexe et ne se limite pas à nous nourrir pour notre survie. Nous sommes nombreux.ses à avoir un lien émotionnel à la nourriture que ce soit pour les aliments que nous aimons beaucoup ou le réconfort que l’on peut trouver en mangeant quand une émotion est un peu trop forte. A manger ou à ne plus manger d’ailleurs. Nous avons toustes un lien qui peut être troublé à la nourriture. C’est un continuum entre l’alimentation qui n’est pas un sujet et le trouble. Équilibrer ce rapport affectif à la nourriture et à l’arrêt des produits animaux peut être un chemin ardu pour certain.e.s. 


Et bien sûr je pense à toutes les personnes souffrant de Troubles du Comportement Alimentaire (TCA). Le véganisme peut être une solution vers une guérison ou au contraire être source de restriction, de contrôle, ou de compulsions.

Le véganisme n’est donc pas possible pour toustes.

Le processus vers le véganisme est un chemin individuel et il n’y a pas une seule bonne manière pour y arriver. On peut aussi se faire accompagner vers ce chemin.

Il me semblait important de rappeler cette nécessaire convergence des luttes vers un monde plus inclusif et vers l’abolition de la domination et n’oublions pas les animaux.

Ai-je répondu à la question : La radicalité militante, une nécessité?

A suivre…