La psychiatrie utilise un manuel reconnu et qui peut à de nombreux égards être pertinent. Le DSM V (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux classifie et répertorie les troubles psychiques et les neuroatypies.
Nous pouvons porter un autre regard sur les troubles psychiques et neuroatypies. Les thérapies du trauma les perçoivent autrement.
Bien sûr, les troubles psychiques et neuroatypies existent. Je n’invalide pas du tout la réalité des personnes concernées. Je suis moi-même dans une démarche diagnostique.
Des thérapeutes comme Gabor Maté ou Janina Fisher affirment qu’un travail somatique sur les traumas et la régulation du système nerveux permettent d’adoucir certains symptômes grâce à l’agrandissement de la fenêtre de tolérance/capacité. Si le sentiment de sécurité est plus grand, la dérégulation s’atténue.
Prenons pour exemple la notion d’hypersensibilité. Ma vision est de dire qu’il n’existe pas d’hypersensibilité isolée d’un trouble ou d’une neuroatypie. L’hypersensibilité sensorielle (auditive, visuelle, tactile, olfactive…) et émotionnelle peut augmenter en cas de fatigue et s’atténuer quand on est reposé.e et calme. Il existe aussi un terrain neurobiologique et génétique à l’hypersensibilité.
Encore une fois, la thérapie IR ne se substitue pas à un suivi psychiatrique, à un accompagnement médicamenteux si besoin et à des psychothérapies reconnues comme les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), la thérapie comportementale et dialectique (TCD), l’EMDR […]. Ces approches sont validées scientifiquement, nécessaires et parfois même indispensables.
L’invitation-là n’est pas de favoriser un regard et de discréditer les autres approches. Il me semble intéressant d’avoir une approche plurielle et multifactorielle.
Croiser les regards pour enrichir les accompagnements et le chemin de guérison et d’acceptation de soi.
Un autre regard consiste à montrer que ces neuroatypies et troubles psychiques se développent au sein d’un environnement propice aux traumas d’attachement. En choisissant les thérapies du trauma (elles sont nombreuses désormais) les symptômes des neuroatypies ou troubles psychiques pourraient s’atténuer.
Cette possibilité en est au stade de l’hypothèse.
Bien sûr il existe une réalité et des facteurs génétiques et neurobiologiques indépendants de tout contexte familial ou de situations d’adversité dans l’enfance qui expliquent l’apparition de troubles psychiques et neuroatypies.
On peut aussi dire que les neuroatypies et troubles psychiques sont des terrains qui multiplient les risques de traumatismes.
La société dans laquelle nous vivons nous pousse à ne pas écouter nos émotions, notre corps, à toujours faire plus, travailler plus et cela peut nous conduire à une souffrance mentale ou physique.
“Une grande partie de ce que nous appelons l’anormalité dans cette culture est en fait une réponse normale à une culture anormale. L’anormalité ne réside pas dans la pathologie des individus, mais dans la culture même qui pousse les gens à la souffrance et au dysfonctionnement.” Gabor Maté, dans son dernier ouvrage Le Mythe de la normalité
Pour poursuivre ces réflexions, je vous recommande les travaux de Gabor Maté, les travaux de Janina Fisher, deux célèbres thérapeutes ainsi que de nombreuses approches thérapeutiques décoloniales, engagées politiquement (https://www.instagram.com/decolonizingtherapy/).
Je vous cite deux extraits du séminaire Rethinking Borderline Personality Disorder: a Traumatic Attachment Disorder (Repenser le trouble de la personnalité Borderline : un trouble de l’attachement traumatique :
« Le trouble borderline ne doit pas être vu comme un simple trouble de la personnalité, mais plutôt comme une blessure profonde liée à des expériences d’attachement traumatique. »
« Les comportements que nous appelons « borderline » sont en réalité des stratégies complexes et adaptatives mises en place pour survivre à des traumatismes et des ruptures précoces dans la relation d’attachement. »
Avoir un regard qui sort de la norme et voit le monde avec une grande sensibilité permet aussi de toucher des états d’émerveillement et de réenchantement dont nous avons grandement besoin
